Le noir n’est pas soluble. Mais il est explosif... et recouvrable
Celui qui entreprend de se fondre dans le degré zéro des formes des idées des couleurs (je pense à Malevitch et son nihilisme transfiguré, carré noir en 1914, blanc sur blanc en 1918, architectones dans les années qui suivirent) touche le point d’irréductibilité de l’être. Départ d’un possible Infini.
« Je me suis fondu dans le degré zéro des formes, j’ai percé l’abat-jour bleu des limites de la couleur, j’ai pénétré dans le blanc ; A coté de moi, camarades pilotes, naviguez dans cet espace sans fin ; La blanche mer s’étend devant vous. ». Malevitch à propos du suprématisme, point d’expansion de l’art dit “abstrait” en peinture qui inondera le XXème siècle et transformera toute l’approche de l’Art.

Révolution. Exit la toile de chevalet et le bloc de marbre, l’art va investir tous les domaines jusqu’à l’espace et l’informel. Pas d’art conceptuel (inauguré avec Duchamps en 1917), de Pollock et ses projections géantes à même la toile étendue au sol (dans les années 50), d’art brut (le carré noir fut peint sur un bloc de pierre) ou de Pont Neuf emballé par Christo (dans les années 80), sans Carré Noir en 1914.
Alors la fin de notre monde et de notre histoire qui nous annonce bien des plongées dans le Noir…. promet en retour à ceux qui franchiront la passe bien des espoirs. Poursuite en pensée avec Jacques Derrida ? “La Déconstruction n’est pas destruction, c’est un OUI à la VIE”! Déconstruction du langage ? Fin de l’hégémonie du langage discursif. OUI au retour des mots-sons sur ces pages pour faire Signe.
RETOUR de LA VOIX en ligne ? A SUIVRE… Si dans le NOIR l’on ne voit pas, l’on peut toujours ouvrir l’oreille au Vent et sentir passer les Cîmes.
J’avoue que je suis hermétique au message de Malévitch comme je trouve que les tableaux du fumiste Soulages et son “outrenoir” sont une imposture mais ces n’est que l’humble avis d’un vieux schnock plutôt fan de Vincent !
ON peut toutefois regarder ces expressions artistiques comme des miroirs du monde et des jalons de l’Histoire. Malevitch peint son Carré Noir à l’aube de la première guerre mondiale. Soulages sort son noir en pleine deuxième. Signes des temps. Le premier, russe, fera sortir de son Carré Noir de nouvelles formes et couleurs et finira dans le blanc avant de revenir au pur figuratif ultra réaliste sous la pression du gouvernement bolchévique. Soulages, français, gardera son noir et lui donnera in fine les allures de hautes compositions murales très ecclésiales. Son blanc il le réservera pour les vitraux de la chapelle de Conques. Deux destins, deux trajectoires. Je ne fais ici que marquer un passage.