{"id":8173,"date":"2008-11-13T17:30:50","date_gmt":"2008-11-13T17:30:50","guid":{"rendered":"https:\/\/ericdesneux.fr\/?p=8173"},"modified":"2024-08-22T06:43:42","modified_gmt":"2024-08-22T05:43:42","slug":"une-crise-peut-en-cacher-une-autre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ericdesneux.fr\/?p=8173","title":{"rendered":"Une crise peut en cacher une autre"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>D\u00e9but des ann\u00e9es 90. Ecole de commerce<\/strong> <strong>section Finance.<\/strong> Un de mes professeurs,  intervenant ext\u00e9rieur qui venait donner cours dans cet \u00e9tablissement pour &#8220;sensibiliser les futurs dirigeants&#8221; aux probl\u00e8mes de notre monde, nous avait dessin\u00e9 au tableau, trois  courbes portant sur l&#8217;\u00e9conomie mondiale.<br><strong><br>La premi\u00e8re courbe repr\u00e9sentait la crise de l&#8217;industrie<\/strong>&nbsp;<strong>et le ch\u00f4mage des classes ouvri\u00e8res<\/strong> qui s&#8217;en \u00e9tait ensuivi. Elle avait eu lieu dans les ann\u00e9es 70-80. La seconde annon\u00e7ait la crise du secteur  bancaire qui \u00e9tait dans l&#8217;air mais qui n&#8217;a vraiment \u00e9clat\u00e9 qu&#8217;\u00e0 la fin des ann\u00e9es 90. La troisi\u00e8me, c&#8217;\u00e9tait l\u00e0 le fond de son propos, annon\u00e7ait la crise du secteur financier (qui sous-tend toute l&#8217;\u00e9conomie mondiale), crise que nous vivons actuellement.<br><br><strong>Deux courbes seulement permettait de pr\u00e9voir cette crise :&nbsp;la masse d&#8217;argent &#8220;virtuel&#8221;<\/strong> g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par le syst\u00e8me bancaire, qui peut pr\u00eater l\u00e9galement jusqu&#8217;\u00e0 9 fois la somme d&#8217;argent d\u00e9pos\u00e9e dans ses caisses  ET l\u00e0 o\u00f9 cet argent \u00e9tait plac\u00e9 pour maximiser sa rentabilit\u00e9 imm\u00e9diate. Ce qu&#8217;il ressortait de ces courbes, et ce qui explique aujourd&#8217;hui la gravit\u00e9 de cette crise : c&#8217;est que 80% de la masse mon\u00e9taire en circulation, n&#8217;est que &#8220;du vent&#8221; (i.e ne repose pas sur une richesse &#8220;r\u00e9ellement&#8221; produite, mais escompt\u00e9e, \u00e0 venir) et que cet argent est plac\u00e9 majoritairement \u00e0 tr\u00e8s court terme sur des placements \u00e0 risque pour maximiser sa rentabilit\u00e9. Si on ajoute \u00e0 cela, la particularit\u00e9 du syst\u00e8me financier, sur lequel repose l&#8217;\u00e9conomie mondiale, qui est un syst\u00e8me d&#8217;interd\u00e9pendance o\u00f9 les effets de dominos peuvent \u00eatre d\u00e9sastreux, on a l\u00e0 une v\u00e9ritable bombe \u00e0 retardement :<em><strong>&#8220;imaginez le p\u00e9riph\u00e9rique bond\u00e9, chacun au volant d&#8217;une Ferrari lanc\u00e9e \u00e0 220 km\/h distant de 3 m\u00e8tres seulement de la Ferrari de devant. Un freinage brusque et c&#8217;est le carambolage g\u00e9n\u00e9ral. C&#8217;est \u00e7a la Finance Mondiale. Un incident et c&#8217;est le CRASH TOTAL !&#8221; <\/strong><\/em>Comme le disait Paul Virilio, la vitesse appelle la surprise de l&#8217;accident. Quel monde peut-on sortir d&#8217;une telle vitesse et d&#8217;un tel courtermisme? <em><strong> &#8220;Quand on investit aussi peu sur le long terme avec aussi peu de visibilit\u00e9, il ne faut rien moins que s&#8217;attendre \u00e0 une grave crise.&#8221;<\/strong><\/em><br><strong><br>La discussion que j&#8217;ai eu ensuite avec lui en apart\u00e9 me fit tout aussi r\u00e9fl\u00e9chir :<\/strong>&nbsp;il \u00e9tait venu dans cette \u00e9cole car il n&#8217;avait pas pu \u00eatre entendu ni de ses chefs et de leurs pairs, ni de ses coll\u00e8gues, ni m\u00eames des jeunes cadres qui entraient dans les grandes entreprises. Il \u00e9tait venu ici pour parler aux futurs dirigeants et ce qu&#8217;il observait l&#8217;inqui\u00e9tait profond\u00e9ment : seulement 2 ou 3 \u00e9l\u00e8ves sur une trentaine \u00e9tait r\u00e9ceptifs \u00e0 ses propos. Ils \u00e9taient plusieurs professeurs comme lui \u00e0 s&#8217;inqui\u00e9ter de l&#8217;absence de r\u00e9flexion et du caract\u00e8re moutonnier des jeunes g\u00e9n\u00e9rations au point de se demander ce qui avait provoqu\u00e9 cela et les incidences que cela aurait sur l&#8217;avenir.<br><strong><br>Aujourd&#8217;hui, la crise est l\u00e0 et elle va affecter l&#8217;ensemble de l&#8217;\u00e9conomie mondiale.<\/strong>&nbsp;Certains parmis les plus hauts responsables disent &#8220;on a rien vu venir&#8221; ! comme pour se d\u00e9douaner d&#8217;une situation qui s&#8217;annonce durablement difficile. Ce \u00e0 quoi je r\u00e9ponds : &#8220;on a rien VOULU voir venir!&#8221; car on aurait \u00e9t\u00e9 bien en peine de mettre un terme \u00e0 cette situation. Tout le monde, peu ou prou, a profit\u00e9 de ces milliards d&#8217;euros, de dollars, de yen,&#8230; que l&#8217;on a cr\u00e9\u00e9 fictivement pour les pr\u00e9ter \u00e0 ceux qui voulaient acheter des biens ou investir : qui n&#8217;a pas contract\u00e9 un emprunt ou un cr\u00e9dit pour couvrir un d\u00e9couvert passager, s&#8217;acheter une voiture, une maison, un four \u00e0 micro-ondes ou une super t\u00e9l\u00e9vision ? Sans parler de l&#8217;Etat qui s&#8217;est endett\u00e9 pour payer les salaires des fonctionnaires, les retraites, les d\u00e9penses de la s\u00e9curit\u00e9 sociale,&#8230;.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Cette situation a g\u00e9n\u00e9r\u00e9e de la richesse,\u00a0mais une richesse qui repose sur du vent. <\/strong>Le vent en question, c&#8217;est la croyance en une croissance ininterrompue qui aurait permis \u00e0 tous de rester endett\u00e9s ad vitam aeternam. Or un jour il faut bien payer ce que l&#8217;on doit.\u00a0Ce &#8220;vent&#8221; est tomb\u00e9 parce que certains acteurs majeurs de l&#8217;\u00e9conomie ont \u00e9t\u00e9 rattrap\u00e9s par les r\u00e9alit\u00e9s (on leur a demand\u00e9 de payer alors qu&#8217;il n&#8217;en avait pas les moyens) entrainant avec eux par r\u00e9percutions, toute l&#8217;\u00e9conomie mondiale. Cela nous retombe aujourd&#8217;hui sur le coin du nez, et \u00e7a ne va pas aller en s&#8217;am\u00e9liorant. Car la seule fa\u00e7on que l&#8217;on a eu de r\u00e9pondre temporairement \u00e0 la crise a \u00e9t\u00e9&#8230;.de nous endetter davantage et de cr\u00e9er encore plus d&#8217;argent virtuel ! S&#8217;il \u00e9tait n\u00e9cessaire dans l&#8217;urgence, de trouver une solution pour \u00e9viter un krach g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9, il faudra bien un jour que l&#8217;on se rende \u00e0 l&#8217;\u00e9vidence : cette situation ne peut pas durer.<br><br><strong>Derri\u00e8re la crise \u00e9conomique et financi\u00e8re mondiale qui se profile, se cache une crise plus grave <\/strong>et plus profonde encore, \u00e0 peine discernable par quelques esprits : la crise de l&#8217;homme : une crise de\u00a0<em>l&#8217;intelligence<\/em> collective, l&#8217;intelligence du c\u0153ur ou\u00a0spirituelle, qui a presque disparu de cette terre, et dont l&#8217;issue passe par la recouvrance de la conscience collective. Ceux qui parlent de &#8220;crise du capitalisme&#8221; ou &#8220;crise du lib\u00e9ralisme&#8221; se trompent de cible. Ce qui nous a conduit \u00e0 cette crise, c&#8217;est avant tout l&#8217;individualisme, la cupidit\u00e9, le mensonge, l&#8217;\u00e9tat de guerre permanent entre les hommes transmu\u00e9 aujourd&#8217;hui en guerre \u00e9conomique. C&#8217;est la nature de l&#8217;homme qui est en jeu ici, pas le syst\u00e8me, m\u00eame si du syst\u00e8me il nous faudra bien sortir pour retrouver l&#8217;essence de notre humanit\u00e9. <br><br><strong>Une humanit\u00e9 tourn\u00e9e vers le Bien, peut se d\u00e9velopper tout aussi bien dans un monde capitaliste, <\/strong>communiste, papou ou autre<strong>.<\/strong> En revanche, impossible pour une humanit\u00e9 malade de ses d\u00e9mons de la domination et la spoliation de vivre heureuse dans quelque syst\u00e8me que ce soit. Si l&#8217;on ne fait rien pour\u00a0<em>changer<\/em>\u00a0maintenant, de plus graves cons\u00e9quences encore sont \u00e0 craindre. Et l&#8217;homme ne pourra pas dire qu&#8217;il &#8220;n&#8217;a rien vu venir&#8221;, qu&#8217;il n&#8217;y est &#8220;pour rien&#8221;, pas plus qu&#8217;il ne pourra se tourner vers l&#8217;Etat pour r\u00e9gler la facture. Car que peut un Etat aussi puissant soit-il contre la perte totale d&#8217;esp\u00e9rance, le d\u00e9sarroi de l&#8217;humanit\u00e9 face au mal, \u00e0 la maladie, \u00e0 la mort, bref, \u00e0 l&#8217;absurdit\u00e9 quand celle ci se r\u00e9pand comme une plaie \u00e0 la toute la vie de la terre ?\u00a0Plut\u00f4t que les cours de la bourse, nous ferions mieux de nous soucier du cours de l&#8217;<em>amour<\/em>.<br><br><strong>Une crise \u00e0 cela de bon, qu&#8217;elle r\u00e9v\u00e8le les failles et les faiblesses d&#8217;un monde<\/strong>, elle fait douter les gens sur leurs certitudes profondes, elle permet \u00e0 ceux qui ont des r\u00e9ponses (ou \u00e0 tout le moins, des pistes \u00e0 proposer, des id\u00e9es d&#8217;action), de s&#8217;engouffrer dans la br\u00e8che, de prendre des positions, de montrer l&#8217;exemple d&#8217;un autre monde possible. Saurons nous profiter de cette crise pour rebondir ? Pour s&#8217;engager dans la cr\u00e9ation d&#8217;autres rapports sociaux ? De changer radicalement notre mani\u00e8re de penser, de voir le monde et d&#8217;agir ? De comprendre le besoin de d\u00e9velopper dans nos relations comme dans le monde \u00e9coute, bont\u00e9, paix, pardon, partage, autant de valeurs que l&#8217;on tient pour hautes mais que l&#8217;on met syst\u00e9matiquement au rencard quand il s&#8217;agit d&#8217;\u00e9tablir des relations sociales ? Tout peut \u00eatre spiritualis\u00e9. M\u00eame l&#8217;\u00e9conomie ou la politique. M\u00eame si alors, politique et \u00e9conomie ne ressembleront plus du tout \u00e0 ce qu&#8217;il sont actuellement. Ils serviront l&#8217;homme au lieu de l&#8217;asservir.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9but des ann\u00e9es 90. Ecole de commerce section Finance. Un de mes professeurs, intervenant ext\u00e9rieur qui venait donner cours dans cet \u00e9tablissement pour<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":8182,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[668],"tags":[341,60],"class_list":["post-8173","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-histoire","tag-crise","tag-monde","two-columns"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ericdesneux.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8173","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/ericdesneux.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/ericdesneux.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ericdesneux.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ericdesneux.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=8173"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/ericdesneux.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8173\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8871,"href":"https:\/\/ericdesneux.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8173\/revisions\/8871"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ericdesneux.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/8182"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ericdesneux.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=8173"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/ericdesneux.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=8173"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/ericdesneux.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=8173"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}