{"id":12578,"date":"2024-02-27T13:59:02","date_gmt":"2024-02-27T12:59:02","guid":{"rendered":"https:\/\/ericdesneux.fr\/?p=12578"},"modified":"2024-05-06T15:52:06","modified_gmt":"2024-05-06T14:52:06","slug":"isolement-et-effacement","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ericdesneux.fr\/?p=12578","title":{"rendered":"Isolement et effacement"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-32bb32da2f68aa8d92167d46a501e572\" style=\"font-size:18px\">Passage au Tabac-presse. Le magazine UN me claque dans l&#8217;\u0153il. <strong>&#8220;ISOLEMENT&#8221; <\/strong>EN UNE. Un mot que je reprends r\u00e9guli\u00e8rement en commentaires publics et sur ce site pour \u00e9voquer cette <strong>&#8220;fabrique de l&#8217;isolement&#8221;<\/strong> produite par les m\u00e9dias conjointement \u00e0 <em>la fabrique du consentement<\/em> d\u00e9crite et d\u00e9nonc\u00e9e par Noam Chomsky dans ses \u00e9crits sur la fabrique de l&#8217;Opinion et sa manipulation.<br><br><strong>Plong\u00e9 dans mes archives pour l&#8217;\u00e9criture d&#8217;un article sur la t\u00e9l\u00e9vision et son \u00e9volution,<\/strong> je tombe sur ces notes prises en 2009, \u00e9crites en pleine exp\u00e9rience de r\u00e9alisation documentaire. Ci-apr\u00e8s leur contenu enrichi o\u00f9 il est question d&#8217;<strong>isolement <\/strong>produit par la soci\u00e9t\u00e9, et le rebond de ma pens\u00e9e actuelle retrouv\u00e9 dans un r\u00e9cent carnet. Copi\u00e9-coll\u00e9 de propos. Jonction. Ecran-isolement, un lien \u00e9vident.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-light-green-cyan-background-color has-background has-medium-font-size\">J<strong>eudi 26 novembre 2009<\/strong> (carnet de bord)<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ce monde cr\u00e9e de l\u2019isolement (carc\u00e9ral&nbsp;?) \u2013<\/strong> la solitude qui s\u2019ensuit (ressentie par un grand nombre d\u2019individus) n\u2019est qu\u2019une cons\u00e9quence de cette situation. Or l\u2019homme est un \u00eatre profond\u00e9ment relationnel. Un \u00eatre dou\u00e9 de parole qui se cr\u00e9e en forgeant des liens, qui ne vit que dans la relation qu\u2019il \u00e9tablit avec les autres et accessoirement <em>le Tout-Autre<\/em> \u2013 <em>\u00ab&nbsp;le vrai Moi est du dehors&nbsp;\u00bb -.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Je dis&nbsp;: ce monde cr\u00e9e de l\u2019isolement. <\/strong>Il cr\u00e9e les conditions d&#8217;un \u00e9loignement, d&#8217;une distanciation, d&#8217;un enfermement. Privatisation des vies, privation de l&#8217;autre. Ce monde isole les individus mentalement ET physiquement. Isolement. Isoloirs. Couloirs. Labyrinthe. Impasses, mitards. Invisibilit\u00e9, mutisme.<\/p>\n\n\n\n<p>Paradoxe&nbsp;: c\u2019est aussi un monde o\u00f9 les hommes n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 aussi \u00ab&nbsp;proches&nbsp;\u00bb physiquement, agglom\u00e9r\u00e9s dans des villes g\u00e9antes dans des conditions qui frisent l\u2019absurde. Des barres de HLM aux m\u00e9tros bond\u00e9s, nous avons engendr\u00e9 un monde de plusieurs milliards individus entass\u00e9s les uns sur les autres, qui vivent coup\u00e9s-coll\u00e9s les uns contre les autres. Monde d&#8217;hommes emmur\u00e9s en soi entre ses propres murs. Murs, murs. Murmures.<\/p>\n\n\n\n<p>Des <em>\u00eatres-citadelles<\/em>, emmurmur\u00e9s en nous-m\u00eames,<br>voil\u00e0 ce que nous sommes devenus.<br>Des murmures en citadelle<br><br>Citadelles si ternes <br>Cath\u00e9drale citerne<br><br>VITRE &#8211; EAU<br>VITRE &#8211; EUX<\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;homme n&#8217;a plus que l&#8217;\u00e9cran de nuit pour sortir de sa cage mentale et fuir son dortoir.<br>Monde \u00e9teint fa\u00e7onn\u00e9 par le technologique o\u00f9 tout fait \u00e9cran. Tout fait \u00ab&nbsp;VITRE&nbsp;\u00bb. <br>Un monde de mille milliards de fen\u00eatres aux verres teint\u00e9s, opaques. <br>Monde de vitres-\u00e9crans qui font CACHES.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">\u00ab&nbsp;OUVREZ !&nbsp;OUVREZ VITE ! \u00bb<\/h4>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Quand ce n&#8217;est pas le marchand qui vend sa camelotte, c\u2019est la police qui parle comme \u00e7a<\/strong> quand elle d\u00e9barque chez vous \u00e0 l\u2019improviste pour d\u00e9vaster votre appartement et r\u00e9quisitionner votre temps. Elle entend vous faire vivre dans la hantise d\u2019\u00eatre r\u00e9veill\u00e9 un matin, tir\u00e9 de votre lit douillet et emmen\u00e9 menott\u00e9 au poste pour un interrogatoire muscl\u00e9. <em>O\u00f9 \u00e9tiez vous avant-hier&nbsp;? Qu\u2019avez-vous fait de vos papiers&nbsp;? Que signifie cette inscription sur votre nez&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>\u00ab&nbsp;Ouvrez-vite, je vous en supplie&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/strong><\/em> Ouvrez\u2026 Quand ce n\u2019est pas la police, c\u2019est le d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 poursuivi par le mal qui vient frapper \u00e0 votre porte. Mais lui ne s\u2019impose pas. Il implore. Dans les deux, OUVREZ s\u2019adresse \u00e0 une porte ferm\u00e9e qui prot\u00e8ge un enclos emmur\u00e9. OUVREZ entend percer par le son de la voix derri\u00e8re les murs, ce qui fait obstacle au toucher et au regard. Repli dans l&#8217;acousmatique du contact avec le dehors. Repli dans l&#8217;autisme pour \u00e9chapper aux filets.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019homme est devenu m\u00e9fiant, parce que trop abus\u00e9.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Parmi les raisons de son isolement&nbsp;: la perte de confiance dans l\u2019autre et ses d\u00e9riv\u00e9s, la d\u00e9fiance, la m\u00e9fiance. Crainte de voir l&#8217;autre envahir sa propre vie. L\u2019hyper proximit\u00e9 physique engendre par contraste, le besoin d\u2019isolement, qui se traduit par l&#8217;am\u00e9nagement d\u2019un espace \u00e0 soi, espace \u00ab&nbsp;vital&nbsp;\u00bb pour se retrouver et le m\u00e9nagement de ses relations pour se retourner. R\u00e9p\u00e9t\u00e9, quotidiennement, ce geste engendre une muraille derri\u00e8re laquelle l&#8217;idiosyncrasie individuelle se r\u00e9fugie emmaillot\u00e9e pour vivre. <\/p>\n\n\n\n<p>Dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 l\u2019on croise mille personnes dans la journ\u00e9e, mille personnes que l\u2019on ne conna\u00eet pas -une situation qui engendre (le sentiment) d\u2019une surveillance tout les instants- le besoin d\u2019exister pour soi, librement \u00e0 l&#8217;abri des regards, devient vital. Recroquevill\u00e9, l&#8217;homme s&#8217;entortille.<\/p>\n\n\n\n<p>Paradoxe de cette \u00ab&nbsp;existence&nbsp;sous surveillance&nbsp;\u00bb en permanence, l&#8217;envahissement conjoint des signes de reconnaissance et la dictature de l&#8217;apparence impos\u00e9e pour prendre sa place dans le trafic de la cit\u00e9. Empire des signes, emprise des publicistes. Fashion victimes.<\/p>\n\n\n\n<p><em>On<\/em> fa\u00e7onne sa vie dans l&#8217;espace public pour \u00eatre remarqu\u00e9 comme assimil\u00e9 (narcissisme et besoin de se sentir reli\u00e9), mais ne surtout pas \u00eatre vu tel que <em>on<\/em> est en dedans de soi.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Etre remarqu\u00e9 \/\/ re-marqu\u00e9. MARQU\u00e9. Marqueur. Marque. Maqu\u00e9.<\/h4>\n\n\n\n<p>\/\/<\/p>\n\n\n\n<p><em>On<\/em> s\u2019auto-taggue avec des marques pour exister dans le regard des autres. <em>On<\/em> se fabrique une image ext\u00e9rieur \u00e0 soi qui n&#8217;est pas soi mais \u00e0 laquelle <em>on<\/em> finit quand m\u00eame par s\u2019identifier. Et <em>on<\/em> souffre au final de cette superficialit\u00e9. <em>On<\/em>, ou le r\u00e8gne de l&#8217;indiff\u00e9renci\u00e9 multipli\u00e9 \u00e0 l&#8217;infini.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Monde schizophr\u00e8ne et contradictoire. Qui fait tout pour se cacher et \u00eatre rep\u00e9r\u00e9. Nos vies ressemblent \u00e0 des lambeaux de tissus fluorescents agit\u00e9s dans le vent que l\u2019on voudrait faire prendre pour la r\u00e9alit\u00e9 de nos existences. Mais \u00e0 force de se confondre avec ce que <em>on<\/em> donne \u00e0 voir, <em>on<\/em> se fond dans ce que la culture ambiante impose comme modes et signes de reconnaissance. <em>On<\/em> finit fa\u00e7onn\u00e9 par cette culture ambiante. <em>On<\/em> se r\u00e9duit \u00e0 une enveloppe vide qui ne diffuse que l\u2019air du temps. <\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Le d\u00e9sir d&#8217;\u00eatre remarqu\u00e9 engendre uniformit\u00e9, la fusion dans le flux ambiant produit de l&#8217;effacement, comme le besoin de se retrouver cr\u00e9e de l&#8217;enfermement.<br><br>Uniformit\u00e9, effacement, enfermement. Aspiration dans le vide ou Expiration dans le Vent ? Implosion ou explosion en vue devant ?<\/h3>\n\n\n\n<p>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-light-green-cyan-background-color has-background has-medium-font-size\"><strong>Novembre 2023. Correspondance <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:18px\"><strong>Isolement<\/strong>. Le monde cybern\u00e9tique repose sur la technologie et ses possibilit\u00e9s sans cesse d\u00e9cupl\u00e9es pour fabriquer cet &#8220;isolement&#8221;. S\u2019il isole chacun devant son \u00e9cran dans le but de \u00ab&nbsp;diviser pour mieux r\u00e9gner&nbsp;\u00bb (vieil d\u2019adage toujours d\u2019actualit\u00e9), il se fonde aussi sur le paradigme ultime du \u00ab&nbsp;marketing&nbsp;\u00bb (science du contr\u00f4le de la consommation) enseign\u00e9 dans les grandes \u00e9coles de commerce, qui est le \u00ab&nbsp;ONE TO ONE&nbsp;\u00bb, la possibilit\u00e9 d\u2019adresser \u00e0 l\u2019individu nomm\u00e9ment identifi\u00e9, la publicit\u00e9 personnelle adapt\u00e9e au besoin ou d\u00e9sir suscit\u00e9 par le march\u00e9, au moment o\u00f9 il surgit chez l\u2019individu concern\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:18px\"><strong>Le but poursuivi n&#8217;est pas seulement \u00e0 nous isoler chacun derri\u00e8re nos \u00e9crans<\/strong>, il est de nous tenir en laisse en contr\u00f4lant \u00e0 notre insu d\u00e9sirs et besoins suscit\u00e9s et de se substituer \u00e0 toute autre relation que nous pourrions avoir ou besoin d&#8217;avoir. Cookies, traces internet diverses, pubs personnalis\u00e9es qui surgissent sur vos \u00e9crans attestent d\u00e9j\u00e0 de cette perc\u00e9e dans l&#8217;intimit\u00e9. Jusqu\u2019o\u00f9 cela peut-il aller ? <\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:18px\"><strong>Quelle contre-offensive mener pour \u00e9chapper \u00e0 cet esclavage<\/strong> g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 qui vise \u00e0 nous d\u00e9charner et aspirer jusqu\u2019\u00e0 nous faire abandonner le langage, outil de pens\u00e9e qui fait de nous des \u00eatres de r\u00e9flexion, d\u2019imagination et de cr\u00e9ation, et donc de libert\u00e9, pour nous enfermer dans des relations virtuelles.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:18px\"><strong>Le po\u00e9tique<\/strong> comme recours sur le terrain de l&#8217;expression pour faire vivre en l\u2019homme ce qu\u2019il lui reste de forces d&#8217;expression enlev\u00e9es. Le recours au po\u00e9tique comme acte de r\u00e9sistance face au tout technologique mat\u00e9rialiste, fonctionnaliste et utilitariste dans lequel nous entraine \u00e0 vitesse grand V la g\u00e9n\u00e9ralisation de l&#8217;AI dans tous les domaines cognitifs, \u00e0 commencer par les services. <\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:18px\">Les robots et les ordis ne sont que des outils. Ils d\u00e9passer l\u2019homme en rapidit\u00e9. Jamais ils ne pourront le rejoindre dans sa facult\u00e9 de sentir et de s\u2019ouvrir \u00e0 un indicible et un invisible o\u00f9 se joue sa part d\u2019humanit\u00e9, <strong>Humanit\u00e9<\/strong> o\u00f9 s\u2019entend par consonance les mots <strong>humus<\/strong> et <strong>humer<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:18px\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Passage au Tabac-presse. Le magazine UN me claque dans l&#8217;\u0153il. &#8220;ISOLEMENT&#8221; EN UNE. 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