La Pensée, un espace propre

L’espace de la Pensée existe bel et bien lui aussi avec sa propre phusis, tout comme cet espace physique dans lequel nous nous mouvons. Cet espace de la Pensée est palpable. Nous y sommes tous reliés, comme moulés, car il vit en Permanence hors du temps comme une Mer en Ciel qui nous englobe et nous entoure. Il est fait d’eaux où se meuvent et se mêlent la vie de nos idées comme des ondes. C’est pourquoi vous pouvez trouver écho de vos propos dans les paroles d’autres sans lien avéré avec eux, comme reprendre sans le savoir les idées et pensées émises par autrui qui croise votre sillage dans cet espace. Plongé en conscience en ces eaux, vous pouvez y croiser les plus illustres penseurs du passé comme les pensées de toutes celles et ceux qui pensent, ont pensé et penseront sans distinction d’honneur ou de reconnaissance, car hors de l’espace-temps, elles y évoluent « permanentement » et viennent parfois là ou elles se sentent appelées pour poursuivre et nourrir cette aventure commune de l’Humanité UNE.

L’écrit que nous laissons n’est pas la pensée que nous émettons à proprement parler, il n’en est que le réceptacle et le véhicule, la chair pour ainsi dire de nos idées pour faire trace et mémoire dans le temps et l’espace, et c’est la raison pour laquelle l’on dit souvent que l’Esprit d’un texte est à lire entre ses lignes. Car c’est là ou il vit. Sur nos mots il souffle, sous nos voix il se glisse. Comment un tout indivisible pourrait-il se découper et laisser tailladé et découpés en lettres et phrases inscrites ? Une mise à mot est comme une mise à mort. Lorsque l’on lit un livre, on visite peu ou prou un tombeau et c’est la raison pour laquelle je crois que les plus grands inspirateurs inspirés ont veillé à ne pas laisser trace physique de leur pensée de leur vivant. Pour rester libre de toute attache à ce monde au soir de leur vie terrestre et partir, pour nager sans heurts dans cet espace sans heure, une fois leur vie passée.

Jésus comme Socrate, Diogène et d’autres, n’ont pas écrit. Ils ont préféré s’inscrire dans l’espace public au milieu des vies et des voix des hommes de leur temps, pour toucher les cœurs de ceux qu’ils ont rencontré, abordé, confronté jusqu’à y risquer leur vie, plutôt que de laisser leur voix enserrées dans des mots et enterrées dans des livres. Si j’ai choisi d’écrire aujourd’hui c’est parce que je suis comme « assigné à résidence » dans un monde qui se refuse à la rencontre vive. Et ce n’est pas le moindre des tours de passe-passe de l’espace médiatique tel qu’il se conçoit et se vit aujourd’hui dans les médias de plus en plus via l’informatique, qui me préoccupé aujourd’hui, que de ne plus faire vivre la rue et les lieux de rencontre où se croisent et se confrontent voix vives, haleine et regards.

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